Le lézard revient de sa confrontation correcte et sincère avec les éléments les plus avant-gardistes dans la lutte contre l'oppresseur capitaliste, ce gros dégueulasse bourgeois pig.
Malheureusement, sitôt posé le pied à Paris, le lézard a eu l'idée infernale de confronter ses enseignements récents à une vieille pratique capitaliste : boire des immensités d'alcools divers, exotiques, sucrés, parfois salés, de temps en temps sans saveur, dans cet endroit de perdition, ce bar si décrié par les mères, les pères ou les frères de tous les bords politiques, bref, ce bar, rue Amelot, qui encourage l'avant-garde de la révolution à se commettre et se démettre d'affreuse façon.
Le lézard, beau joueur, a voulu tester grandeur nature l'étanchéité de ses convictions récemment acquises. Grand mal lui en a fait. Rentré chez lui, de nouveau tristement agnostique, le voilà errant de pièces en pièces, recherchant désespérément les éléments qui, seulement quelques heures auparavant, le transportaient d'extases communistes en perversions maoïstes, de sensations staliniennes en divertissements cubains. Bref, outrepassant les enseignements les plus élémentaires de la pensée collectiviste, le voilà de nouveau en proie aux plus horribles tentations de la pensée capitaliste : sens de la propriété, jalousie, égoïsme, envie maladive d'exister.
Le lézard en est conscient : il devrait savoir se fondre dans l'immensité délicieuse de l'absence de volonté.
Pour autant, de manière profondément stupide, le lézard souhaite, certes étreindre ses amis et amants, mais également, avoir quelques identités qui lui rappellent sa spécificité, toute particulière, son statut bien propre de lézard sympathique.
Mine de rien, ce lézard voyageur, si prompt à fêter quelque occasion que ce soit, ce lézard, parfois si incorrect envers certaines personnes, et il sait très bien, ce coquin de lézard, à qui il souhaite faire référence ce soir (voire révérence), bref, cet idiot de lézard, ne veut aucun cas être détesté. Tout comme son père, auguste lézard séducteur, le jeune lézard souhaite séduire. Et bêtement, principalement en raison de la longueur de sa queue (qui selon certains savants peut être coupée sans douleur), il se retrouve régulièrement étouffé par la longueur stupide de son ego, tristement timide, volontairement stupide.
Le lézard s'en excuse formellement, à la fois rétrospectivement et pour les prochains mois, voire les prochaines années (en même temps, se dit le lézard, ça mange pas de pain...).