mercredi, juin 30, 2004

Lorsque la porte se referme et que le lézard avance, un peu hébété, vers son vélo, le soleil s'emploie à lui faire sentir avec tout son mépris le peu de choses qu'il représente à cette heure matinale.

Le lézard peut encore entendre les rires nerveux et usés du petit groupe cocaïné qu'il a laissé derrière lui. Perdus dans une forêt de bambous improbable à quelques mètres de la place Stalingrad, les survivants de la boucherie alcoolique de la veille tentent de faire passer leur trop plein de vigueur à coups de Martini Bianco, de tabac à rouler et d'histoires à dormir debout.

Ce petit matin, ensoleillé, profondément culpabilisateur, terrasse définitivement le lézard qui s'empresse de traverser la place de la République à vélo, quasiment vide à l'exception des quelques ivrognes, pour se mettre à couvert derrière ses rideaux épais et rassurants. Comme la veille paraît loin, nimbée d'excès, de discussions faussement passionnées, de coups, de rires, de danses, de bruits, d'éclats, visages expressifs ou perdus.

Ces nuits ensoleillées vides de tout rêve, lorsque le corps épuisé et le coeur affolé tentent de rapatrier les quelques réflexes de la vie quotidienne.

Cocaïne Nights - JG Ballard
Cocaïne - J.J. Cale


jeudi, juin 24, 2004

De l'effet néfaste de l'alcool sur les convictions politiques d'un jeune lézard de gauche

Le lézard revient de sa confrontation correcte et sincère avec les éléments les plus avant-gardistes dans la lutte contre l'oppresseur capitaliste, ce gros dégueulasse bourgeois pig.
Malheureusement, sitôt posé le pied à Paris, le lézard a eu l'idée infernale de confronter ses enseignements récents à une vieille pratique capitaliste : boire des immensités d'alcools divers, exotiques, sucrés, parfois salés, de temps en temps sans saveur, dans cet endroit de perdition, ce bar si décrié par les mères, les pères ou les frères de tous les bords politiques, bref, ce bar, rue Amelot, qui encourage l'avant-garde de la révolution à se commettre et se démettre d'affreuse façon.
Le lézard, beau joueur, a voulu tester grandeur nature l'étanchéité de ses convictions récemment acquises. Grand mal lui en a fait. Rentré chez lui, de nouveau tristement agnostique, le voilà errant de pièces en pièces, recherchant désespérément les éléments qui, seulement quelques heures auparavant, le transportaient d'extases communistes en perversions maoïstes, de sensations staliniennes en divertissements cubains. Bref, outrepassant les enseignements les plus élémentaires de la pensée collectiviste, le voilà de nouveau en proie aux plus horribles tentations de la pensée capitaliste : sens de la propriété, jalousie, égoïsme, envie maladive d'exister.

Le lézard en est conscient : il devrait savoir se fondre dans l'immensité délicieuse de l'absence de volonté.

Pour autant, de manière profondément stupide, le lézard souhaite, certes étreindre ses amis et amants, mais également, avoir quelques identités qui lui rappellent sa spécificité, toute particulière, son statut bien propre de lézard sympathique.

Mine de rien, ce lézard voyageur, si prompt à fêter quelque occasion que ce soit, ce lézard, parfois si incorrect envers certaines personnes, et il sait très bien, ce coquin de lézard, à qui il souhaite faire référence ce soir (voire révérence), bref, cet idiot de lézard, ne veut aucun cas être détesté. Tout comme son père, auguste lézard séducteur, le jeune lézard souhaite séduire. Et bêtement, principalement en raison de la longueur de sa queue (qui selon certains savants peut être coupée sans douleur), il se retrouve régulièrement étouffé par la longueur stupide de son ego, tristement timide, volontairement stupide.

Le lézard s'en excuse formellement, à la fois rétrospectivement et pour les prochains mois, voire les prochaines années (en même temps, se dit le lézard, ça mange pas de pain...).

vendredi, juin 18, 2004


Contrairement à ce que certains polémistes tentent d'insinuer, je tiens à préciser qu'en aucun cas mes derniers posts se sont trouvés, de quelque manière que ce soit, influencés par Baaderonix.
Le lézard, animal politique libre, reconnu grand communiste parmi ses camarades, ne peut avoir été en contact avec un nihiliste petit bourgeois, individualiste et profondément acquis à la cause du capitalisme tel que Baaderonix, qui ne rêve que de lounges inutilement confortables, la tête prise par des mélodies down tempo sirupeuses, buvant négligemment des americanos en dodelinant de la tête, auto-satisfait au plus haut point.
Subite et inattendue, l’insomnie a frappé le lézard en pleine nuit, balayant toutes ses certitudes et le renvoyant à des heures sombres et tourmentées.
Le lézard avait oublié toutes ces années combien le temps de l’homme éveillé, lorsque les autres sont endormis, est différent et décalé. A quelle point la solitude, parfois fugacement ressentie à certains moments de la journée, est centrale et palpable, presque étouffante, au milieu de la nuit. Même un corps endormi à son côté ne peut réchauffer le cœur froid et maladif qui s’épanche, seul sur son oreiller, seul sur son coin de lit, les pieds bien rangés, les membres retournés mille fois dans l’espoir de les fatiguer enfin suffisamment et les soupirs d’agacement, d’énervement face au sommeil qui n’en finit plus de fuir.
Délicate et subtile chasse que celle du sommeil. Chacun s’est fabriqué ses petites stratégies qu’il applique lorsque confronté aux petits embêtements tristement humains du sommeil inégal. Les malades eux-mêmes ne sont pas placés sur un pied d’égalité : certains, comme c’est le cas du lézard ce soir, se réveilleront au bout de quelques heures, bien insuffisantes, sans réussir à se rendormir, éveillés à une heure grotesque au regard de ce que l’on peut y faire. D’autres ne parviendront pas à s’endormir du tout avant les premières heures du matin.

Suivant les symptômes, les réponses diffèrent forcément.

Lorsque l’une sortira le plus tard possible afin d’éviter la solitude du sommeil inatteignable, l’autre tentera de déchiffrer un pénible ouvrage sur la mondialisation. Certes le lézard pourrait se rhabiller et sortir. Mais au contraire du premier cas, dans lequel l’on demande de survivre à une nuit interminable, le lézard est confronté à un matin qui n’en finit plus de se lever. Ses dispositions mentales sont donc totalement inversées. Il paraîtrait à la limite du normal pour le lézard de se préparer un petit-déjeuner copieux, quitte à le faire durer quelques heures, ou à prolonger sa digestion dans un bain malgré l’heure matinale. Alors que l’idée de s’habiller pour aller boire un verre au Trüskel où pourtant - ce qui d’ailleurs n’en finit pas de le fasciner - il trouvera force compagnie et boissons accueillantes afin de vaincre le pénible sentiment de solitude, lui paraît à la limite du réalisable.



Plus probablement, le lézard va se lever, éteindre son ordinateur, se recoucher, le ventre collé contre celui de Nuria, et synchroniser sa respiration sur celle-ci, espérant follement que peut-être, dans sa grande mansuétude (prières, offrandes, encens, sacrifices multiples), le sommeil acceptera de lui laisser terminer le voyage interrompu jusqu’au matin, celui-là réel, le soleil inondant la chambre, la chaleur suffocante, la vie dans les rues, les voitures qui klaxonnent, les piétons énervés, l’odeur d’after-shave, bref, de lui permettre de vivre, sans être trop décalé de ses contemporains, la merveilleuse aventure de l’homme occidental en ce début de XXIème siècle.

jeudi, juin 17, 2004



Avec des cigares cubains envoyés par son ami Fidel et de la vodka sibérienne transmise par quelques bons amis oligarques tandis que le soleil de la mer Noire achève de parcheminer la peau épaisse et glabre du lézard, celui-ci se sent loin, si loin, des querelles de chapelle entre marxistes, léninistes et maoïstes.

Plus tard, lorsque le soleil aura disparu, lentement dévoré par l'horizon, le lézard, cliché ambulant, honte vivante du marxisme historique, repliera tranquillement son numéro spécial "Capitalisme et barbarie" de la Pravda du 17 juin 2004 et se décidera à passer sous la douche, achevant d'éliminer les quelques résidus encore européens de sa peau.

Enfilant un costume noir cintré, chaussant d'élégantes babouchkas en cuir noir brodées, le lézard rejoindra quelques camarades pour un cocktail frais à la vodka.

mercredi, juin 16, 2004

Le lézard s'envole après-demain pour le soleil communiste d'un ex-pays du bloc soviétique.
A lui les datchas, les cocktails à la Becherovska, les filles faciles et les longues limousines fumées du régime dirigeant...

mardi, juin 15, 2004

Today was really communist
I got out of bed because I had to throw up. I'm really sick. I mean REALLY sick.

I feel unusual because my antidepressants are making me hairy.

I'm so hardcore. Me and Buzz went to the mall today, and I stole a whole heap of stuff. I got a Good Charlotte CD, a couple of DVDs and some new boots. Buzz got caught, but he fought his way out, and then we stole some lady's car and smashed it into a phone booth.

Last night I had to masturbate twenty times. I'm so horny. Click here to see my website.

I want to tell the world that I'm gay.

I am really annoyed with those assholes at _are_you_hotter_than_us_?, because I am so much cuter than them, and those photos don't do me justice. They can't reject me, so I'm starting my own rating community. Click here to join (the first five applicants are automatically accepted).

Today, I got a digital camera! Yes! Here's some photos of my girlfriend in the nude (but don't tell her that I've posted them here - she'll kill me! Har har.)

I want to say thanks to the world for absolutely fucking nothing! You all suck. I feel so alone, no one ever reads this journal, or even comments to let me know that I'm not suffering alone. It's cold here, and I want to die, but I cannot figure out how many of you to take with me when I go.

I went to the doctor yesterday, and he said I have a terrible skin disease which prevents me from coming into contact with other human beings. And bipolar disorder.

You should all do this quiz! It's amazingly accurate. You just put in your name and birthday, and it will tell you what your favourite sexual position is.

That's enough for now. But I'll leave you with this thought - sharing your life with strangers on the internet is the cheapest form of therapy available. Leave a comment and tell me I'm beautiful.

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Le lézard est un peu exténué ces temps-ci. Submergé par la vague de chaleur qui le surprend au milieu de la nuit, lorsque la peau collée à celle de Nuria qui dort paisiblement, il fond doucement, passant de petites phases d'écoulements discrets en grands ruissellements.
Au matin, il ne semble rester de lui que deux petites flaques doucement insignifiantes. L'été, le lézard a toujours l'impression de se vider du peu d'épaisseur qu'il avait réussi à conserver tant bien que mal durant les longs mois gris et pluvieux.
Il a beau mettre en oeuvre les multiples stratagèmes longuement élaborés au cours de sa courte vie - immersion des draps dans une baignoire froide avant de les remettre sur le lit, trempage régulier tout au long de la nuit de ses pieds dans une bassine d'eau fraîche, douche glacée toutes les deux heures - rien n'y fait, le corps si singulier du lézard continue à n'en faire qu'à sa tête, et, chaque matin, l'échec est patent : les deux flaques d'eau continuent à narguer Nuria qui doit, patiemment, reconstruire l'intégrité physique du lézard.
Pire encore, aucun de ces stratagèmes n'est applicable à la vie de bureau. S'ensuivent les longues et fatigantes batailles de ventilateur, les pitoyables négociations pour obtenir des bouteilles d'eau fraîches, les pauses fréquentes et régulières pour lire le journal dans le seul espace climatisé de l'étage.
Bref, le lézard se rend compte que malgré sa constitution robuste, il supporte très mal la chaleur, devient irritable, sombre dans la morosité et l'énervement.
Seule Nuria, son sourire et sa gaieté permanente, lui permettent de supporter le macadam brûlant, le métal chauffée à blanc de son vélo, la chaleur invivable de sa mezzanine, la peau moite et le front ruisselant.

lundi, juin 07, 2004

La voiture est au lézard ce que serait à un courtier en bourse un film de Jean Eustache : une absurdité incompréhensible.

Mais le lézard, bon prince, est prêt à reconnaître à cette absurdité montée sur quatre roues en caoutchouc - qui font la fierté centenaire des milliers d'ouvriers de l'usine pourtant gentiment paternaliste d'Edouard Michelin (également appelée Manufacture Française de Pneumatique) sise au 23 de la place Carmes Déchaux, à Clermont-Ferrand - des avantages certains et un confort optimal lorsqu'il peut écraser sa joue brûlante sur le cuir frais car climatisé de la berline, conduite à vive allure d'une main de maître par une femme dont la jupe laisse apercevoir le signal lumineux et clignotant d'une culotte chamarrée, le long des routes champêtres de la France éternellement raffarinienne et si merveilleusement familière aux abonnés du Journal du Bocage, journal satyrique rouennais, dont la Diffusion France Payée atteint péniblement les 50.000 exemplaires.

En bref, le lézard se trouvait donc projeté sur les routes ensoleillées de ce dimanche à la recherche d'une certaine idée de la France, en charmante compagnie et empli de ce sentiment d'intense félicité que procure généralement l'absorption d'une bouteille de Sancerre blanc correctement rafraîchie au préalable dans le réfrigérateur des cuisines du restaurant de la Roche Guyon, restaurant auquel le lézard avait décidé de faire don de ses largesses, qui sont légendaires dès qu'il s'agit de vin blanc, de surcroît frais, de surcroît originaire du Val de Loire.

A mesure pourtant que la route s'allongeait, le lézard sentait bien qu'à l'intense félicité évoquée ci-dessus, se substituait de façon terriblement perverse, un sentiment ouaté de lent endormissement et que ne venait perturber que par instant le changement de musique, changement tout relatif puisque les disques programmés par la radio TSF sont "résolument jazz".

Et bien évidemment, le combat étant parfaitement inégal, le lézard céda lorsque la voiture abordait les premières maisons de ce pittoresque village qu'est Gaillon - Montscient. Vinrent s'ajouter aux saxophones subtils de John Coltrane et aux envolées parfois rageuses des trompettes de Miles Davis, les sonorités changeantes tant en volume qu'en amplitude des ronflements du lézard.

Las, le filet de bave coulant doucement le long du siège, au gré des cahots de la route inégale, le visage satisfait et légèrement couperosé du lézard, et sa tête courbée sur son torse, achevèrent de transformer les premières tentatives de séduction sur la conductrice en fiascos retentissants que ne vinrent plus infléchir les tentatives pauvrement pathétiques de rattrapage de la soirée.

mercredi, juin 02, 2004

A l’ombre du soleil,
lorsqu’elle est allongée sur l’herbe
sa bouche sur la mienne, et la chaleur de sa peau
[le doux écrasement voulu, désiré, de ses chairs sur les miennes]
mes lèvres sur sa nuque, aveuglé par ses cheveux

mardi, juin 01, 2004

Opercule de feuillage et poussière lumineuse.
Des deux bras que le lézard serre contre lui, s'échappent des brassées de vigne vierge odorante et familière.
Allongé sur le ventre, la tête reposant contre l'herbe encore si verte de ce début juin, le lézard se laisse entourer des milles petits bruits - craquements, bourdonnements, chuintements, bruissements, claquements, crissements, frôlements - de cette nature exubérante. Certainement, de retour à Paris, lorsqu'il prendra par exemple sa douche le lendemain matin, ce percepied continuera à errer sur les graviers à la recherche d'une quelconque forme de pitance.
Pendant ce temps là, le ver gras et épais qui occupe une place de choix dans la cave, à côté de la table de ping pong, tout juste derrière le grand bac à bottes, se lancera peut-être dans une exploration approfondie des fissures lézardant le mur ouest.
Vivent ainsi, loin de nos têtes, ces milliards de cellules vivantes meublant les strates successives de nos univers familiers.

Au loin, là où la courbe du Vaux-Tertreux rejoint le bord de la Seine, quelques promeneurs endimanchés font parader leur encombrante moitié, avec cet air de profond ennui que ne viennent distraire que très rarement les pitreries de quelques enfants à peine plus enjoués.

Le lézard tourne la tête et peut entrevoir en transparence la silhouette allongée d'Iliana dans la chaise longue, là bas, sous le platane quadragénaire. Il lui envoie un sourire imaginaire, la tête calme et les yeux reconnaissants.

Un dimanche à la campagne.

Lorsque le vin du déjeuner entraîne à de merveilleuses rêveries confuses et embrumées, et, qu'à deux doigts de s'assoupir, quelque élément extérieur (roucoulement d'un oiseau, crissement du gravier, cri au lointain...) vous retient tout juste conscient.