vendredi, juillet 09, 2004

En fin d'après-midi, n'y coryant plus, le lézard s'est éloigné de la scène des événements. Bourdonnant encore de milliers de sonorités différentes - appels, cris, rires, klaxons - l'avenue semblait paralysée dans l'attente de l'évenement.
Les gens s'étaient massés des deux côtés et les automobilistes avaient décidés de sortir de leur voiture et observaient le ciel d'un air perplexe. Une mère disait à son enfant, encore en bas âge, qu'il allait revenir. Un couple d'adolescents s'était allongé à même le macadam et les deux s'étaient confectionnés tant bien que mal une sorte de couche en utilisant leur besace comme oreiller provisoire. De toute évidence, ils se préparaient à une attente de plusieurs heures. Des chiens de toutes races se faisaient la course en aboyant malgré les injonctions énervés de leur maître. Le patron du Chéri(e) s'y était mis lui aussi, et y allait de ses meilleurs pronostics sur l'heure prévisionnelle.
Redescendant la rue du faubourg du Temple en direction du boulevard Richard Lenoir, le lézard se rendait progressivement compte que le phénomène touchait l'intégralité du quartier.
C'est en arrivant dans la rue Saint Sébastien, presqu'en face de sa porte, que cela se produisit.
D'abord timidement, tentant de percer l'opacité des nuages. Puis, s'affermissant, gagnant en confiance, s'imposant, le soleil se fit un chemin et vint frapper la nuque du lézard, occupé bêtement à refaire son lacet (qui, aujourd'hui, décide encore de refaire son lacet dans la rue? ce geste semble appartenir au siècle dernier...).
Alors la clameur retentit dans toute la ville, à la hauteur de l'évenement.

mardi, juillet 06, 2004

Besnehard vote pour le lézard communiste

Le lézard a commis l'imprudence de dormir seul.

Ni une ni deux, les multiples insectes qui devaient attendre cet instant depuis un certain temps se sont tous lancés dans une sarabande effrénée autour de son lit.
L'un papillonnant autour de ses oreilles. L'autre rampant subrepticement sur ses jambes. Paranoïaque, le lézard, sur le coup de 4h00 a décidé de mettre un terme à cet orgie dont il lui semblait que son propre corps était le plat principal. Armé de son vieux Libération du week-end, il tournait sur lui-même, toutes lumières allumées, en tentant de localiser les coupables.

Au bout de 45 minutes de recherches effrénées, prêt à abandonner, le lézard avise sur le rebord de sa fenêtre un charmant moustique immobile, un peu effrayé par les grands moulinets que le lézard s'emportaient à lancer dans l'espace clos de sa chambre. Sans hésitation aucune, le lézard cloue l'imprudent sur le linteau et, le sentiment du devoir accompli, se recouche.

Grand mal lui en prend puisque immédiatement, son oreille récemment sensibilisée aux bourdonnements caractéristiques des moustiques lui signale la présence d'un intrus supplémentaire.
Mais incapable de résister à la fatigue résultant de cette chasse nocturne, le lézard décide de faire fi de la menace et s'endort, en prenant soin de se calfeutrer intégralement sous sa couette.
Au matin, encore un peu vaseux, après s'être rendu compte de la chaleur régnant sous sa couette, le lézard s'étonne de ne pouvoir ouvrir correctement son oeil gauche.
Légèrement surpris, un peu perturbé, il met cela sur le compte de la difficulté récurrente qu'il a à se réveiller complètement.

Force est de constater néanmoins, après sa douche, que son oeil reste plus qu'à moitié fermé.
Snobant les interdictions formelles édictées par le lézard au milieu de la nuit, un jeune moustique téméraire, n'écoutant que son estomac, avait réussi à se faufiler sous la couverture et s'était empressé d'aller pomper une large quantité de sang sur la paupière du lézard, laissant à la place une charmante boule de venin et lui donnant un air gentiment lubrique à la Dominique Besnehard (paupière gauche).
Autant dire que ce matin, dans le métro, le lézard suivait la grande tradition du cinéma français et se cachait derrière des lunettes noires...